Printemps‑été 2026 : la renaissance du style
Cette saison, la mode respire un vent de liberté. De Milan à Paris, les créateurs ont transformé les turbulences du monde en une source d'inspiration féconde. Dans la contrainte, ils ont puisé l'audace ; dans le doute, la beauté.
Chez Gucci, Demna a offert un manifeste d'expérimentation, tordant l'image classique de la maison pour en faire un terrain de jeu conceptuel. À Versace, Dario Vitale a livré une première collection vibrante, sensuelle, qui annonce une nouvelle ère pour la maison désormais intégrée au groupe Prada. Émotion palpable enfin lors du défilé posthume de Giorgio Armani : un adieu empreint d'élégance, où l'ombre du maestro planait sur un vestiaire d'épure et de lumière. Et chez Bottega Veneta, la Britannique Louise Trotter a tracé son sillon : un féminin sensible, teinté d'arts plastiques et de textures caressantes.
À Paris, la créativité s'est faite chorale. Loewe a trouvé dans le duo Jack McCollough et Lazaro Hernandez une fraîcheur graphique, tandis que Celine, sous l'impulsion de Michael Rider, affirmait un chic magnétique et contemporain. Chez Alaïa, Pieter Mulier a poursuivi sa quête d'un chic cérébral, presque architectural. Schiaparelli, avec Daniel Roseberry, a dansé sur le fil du rêve et de la provocation maîtrisée. Balenciaga, guidé par Pierpaolo Piccioli, a trouvé un rare équilibre entre héritage et modernité. Et chez Louis Vuitton comme chez Saint Laurent, Nicolas Ghesquière et Anthony Vaccarello poursuivent chacun une quête du sublime : l'un par la science de la structure, l'autre par la réinvention de l'allure parisienne, libre et affirmée.
Mais c'est bien le duel Dior‑Chanel qui a cristallisé l'attention. Deux visions du féminin, deux lectures du mythe. Chez Dior, Jonathan Anderson a libéré la maison dans une explosion de formes et de couleurs, mêlant rigueur couture et esprit de jeu. Son regard anglo‑saxon apporte un souffle neuf à la tradition française. En miroir, Matthieu Blazy, pour Chanel, a choisi l'introspection. Il a fouillé les racines du style Gabrielle, pour mieux le régénérer. Sa première collection, d'une intelligence rare, mêle sensualité et rigueur, rêve et modernité. L'allure Chanel s'y fait à nouveau désir, sans nostalgie.
Sous les dorures des salons et les flashs des premiers rangs, un autre théâtre s'est joué : celui de l'image et de la désirabilité. Les célébrités en front row deviennent autant d'indicateurs d'influence que les collections elles‑mêmes. Mais derrière le spectacle, une ombre réapparaît : celle d'une silhouette trop fine, qui rappelle à la mode ses vieux démons. La beauté du vêtement ne saurait jamais se construire sur la fragilité du corps.
Tendances et décryptage : la parole à l'acheteuse
Pour Victoria Dartigues, directrice commerciale au Bon Marché‑Samaritaine, cette saison signe le retour de la créativité assumée, après des années de prudence. « Les créateurs osent à nouveau », observe‑t-elle. Après l'ère du quiet luxury, place à une mode plus expressive, sans renier la réalité économique. Les acheteurs, eux, restent vigilants : les vitrines mêleront pièces signatures et valeurs sûres.
Le fil rouge de cette saison ? La féminité retrouvée. Corsets, transparences et vocabulaire lingerie s'invitent sur les podiums, mais loin de la caricature. Il ne s'agit plus de séduire, mais d'affirmer. Le vêtement devient sculpture, armure ou caresse, selon l'humeur et la lumière. Dans les boutiques, ces inspirations se traduiront par des versions plus accessibles : robes vaporeuses doublées, jeux de superpositions, soies fluides à peine opaques.
Enfin, le dialogue des souliers traduit l'époque : les talons vertigineux côtoient des plats minimalistes. La sneaker massive disparaît, remplacée par des modèles plus gracieux. Les tongs, elles, prolongent leur règne estival, oscillant entre simplicité zen et sophistication artisanale.
En somme, le printemps‑été 2026 réaffirme une vérité simple : la mode n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle ose. Dans un monde en mutation, elle demeure ce langage précieux où la créativité, le corps et l'émotion parlent d'une même voix - celle de la liberté.